FRANCE-ALLEMAGNE :
LES ASPECTS CULTURELS DE LA NEGOCIATION COMMERCIALE
Pour le commercial, la négociation avec son client (enfin
pas encore) ou son prospect est l'aboutissement de la
longue phase d'approche, d'étude du marché.
C'est le moment privilégié où les qualités
commerciales sont le plus sollicitées.
Fort de la connaissance de ses produits, de
son tarif, de la concurrence, de quelques techniques de vente,
il est confiant dans ses qualités relationnelles, il
est prêt à rallier son interlocuteur à ses
vues et le faire adhérer à sa proposition.
Dans la négociation avec un partenaire étranger,
il y a en plus la dimension socio-culturelle.
Des premiers entretiens n'ont pas de suite parce qu'on n'a pas
pu comprendre l'autre, parce que ses réactions ont paru
disproportionnées par rapport à l'enjeu ou que
ce dernier refusait de se laisser questionner.
Dans la négociation avec un partenaire allemand, il est
bon de distinguer deux modes de négociation
:
La stratégie d'intégration ou empathique
L'individu privilégie la quête
de relations équilibrées en univers concurrentiel
faible. Dans le cadre d'une négociation, la démarche
est dite empathique ou intégrante. Les éventuels
conflits se règlent par des compromis et des concessions.
Chacun est amené à transiger et à
faire des gestes, des efforts.
La stratégie d'opposition
En univers concurrentiel fort, la motivation de l'individu est plutôt de l'ordre de la compétition que de l'affection. En négociation, il recherche l'offre la plus avantageuse, la plus compétitive. La relation importe peu. Seul l'objet est important. De même, on ne mélange pas les genres. On ne parle pas de relations personnelles pendant les négociations.
La première stratégie est plutôt développée dans les pays latins, la seconde dans les pays germaniques.
Lors d'une phase de négociation, on est amené
à passer par quatre phases
successives : On se place dans le cas d'un responsable export français cherchant à vendre ses produits à une entreprise allemande.
La prise de contact
Pour le négociateur
français, l'objectif est de créer
un climat de confiance. Il faut se faire apprécier
et gagner le respect de son interlocuteur, ce qui
peut prendre du temps. Intéressé par
l'offre, et non l'homme, le négociateur allemand
va repousser toute tentative de relation inter-personnelle.
Pour être efficace, l'approche doit être
utilitaire (sachlich) et fonctionnelle. Le temps
consacré à cette phase est beaucoup
plus limité qu'en France.
Le questionnement
/ la découverte des besoins
Dans nos écoles
de commerce, on apprend toujours qu'il faut partir
des besoins du client. Et bien précisément,
on est là pour y répondre, non pas
par une offre standard mais par une analyse fine
de son problème afin de présenter
une solution adaptée (et unique). C'est donc
un jeu subtile de questions (ouvertes et fermées)
qui permettra de préparer une offre plus
formalisée.
Lorsqu'un négociateur allemand reçoit
un fournisseur potentiel, il s'attend à ce
que celui-ci ait fait son métier, c'est-à-dire
analysé la marché et la concurrence
et préparé une proposition parfaitement
cachée par rapport à des besoins qui
auront été cernés préalablement.
Contrairement à l'empathique français,
le "sécurimaniqaue" allemand refuse
de se soumettre à des interrogations approfondies.
A la question "Que puis-je pour vous"
que lui poserait un fournisseur potentiel, le client
allemand répond en général
: "Nous sommes dans un marché saturé
: je n'ai besoin de rien. Mais vous, qu'avez-vous
à proposer ?"
L'argumentation
Le négociateur
français empathique cherche avant tout à
convaincre son interlocuteur qu'il est un partenaire
sérieux désireux de développer
de bonnes relations d'affaires, et ce sur du long
terme.
Pour le prospect allemand, cette phase est au cur
de la négociation. Il veut tout savoir du
produit, de ses caractéristiques techniques,
des références. C'est le "marathon
informatif".
Le commercial français aura donc intérêt
à bien connaître ces aspects ; voire
les avoir anticipés lors de la préparation
de l'entretien.
la conclusion
Pour le négociateur
empathique, il importe de bâtir "les
piliers de la confiance". Entre gens de bonne
compagnie, le courant passe bien. Les détails
techniques de l'offre s'adapteront par un jeu
de concession mutuelles destinées à
permettre un équilibre global de la transaction.
Le négociateur français agira avec
tact, sans harceler son prospect. L'acceptation
de l'offre doit se faire avec le temps. On enverra
une offre individualisée. On se reverra.
Le négociateur allemand voit les choses
de manière différente. Il veut aboutir
à une décision rapidement. Le temps
est compté (Zeit laüft). Il cherchera
à aboutir à un accord sur les différences
de caractéristiques de l'offre (produit,
livraison, prix, service ).
Ne seront prises en considération que les
offres présentant un "plus",
comportant un argument différenciateur,
un avantage concurrentiel distinctif quel qu'il
soit.
Le productiviste allemand pratique généralement
une négociation assez drue et il témoigne
d'une grande pugnacité dans les affaires.
Il s'agit d'une stratégie de négociation
offensive qui semble relever du grignotage des
positions. Elle est fondamentalement logique dans
la perspective professionnelle du productiviste
qui veut être certain d'avoir obtenu l'offre
la plus performante du marché, ne serait-ce
que pour ne pas avoir à y revenir ultérieurement.
Ces attitudes extrêmement combatives sont
ressenties comme choquantes par les négociateurs
de type empathique qui en déduisent que
leur interlocuteur n'est pas intéressé
par leurs propositions.
C'est en fait l'inverse. Plus la tension monte,
plus l'intérêt est grand. C'est donc
un signe positif, un facteur d'espoir pour le
fournisseur potentiel.
Pour en savoir plus :
Pour tout savoir sur les techniques de négociation :
"S'implanter et réussir sur le marché allemand".
Gilles UNTEREINER
Editions Maxima.
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